Il
fuyait, le désespoir figé sur le visage.
Le cavalier approchait de la frontière en un galop tonitruant, comme si
toutes les furies étaient à ses trousses. Les nuages de poussières que
sa monture soulevait à chaque coup de sabot sur le sol aride de la
plaine enveloppaient le fuyard et son cheval, donnant l'impression
qu'un tourbillon de sable s'était levé et avançait à toute allure vers
le salut.
La frontière. Il savait qu'elle n'était plus qu'à quelques mètres
derrière l'arbre mort, là-bas, qui était seul à projeter un peu d'ombre
dans cette partie désertique du Kansas. Il désirait tellement
l'atteindre, à présent, qu'il aurait pu jurer distinguer nettement la
marque rectiligne, parallèle à l'horizon, qu'il lui fallait franchir
pour garder la vie sauve. Dans son angoisse, la marque lui paraissait
aussi teintée du rouge de son propre sang.
A Abilene, il y avait quarante jours à peine, il n'était encore qu'un
homme libre, un cow-boy parmi d'autres. Libre de commettre sa faute.
Pour un cheval! Avoir tout perdu, risquer sa vie même, tout cela pour
un cheval! Mais, alors qu'il filait tel un météore doré, sentant sous
lui le splendide animal se détendre comme un ressort, la longue queue
battant l'air joyeusement, l'ancien cow-boy ne parvenait pas à
regretter son vol. Le cheval triomphait, bien inconscient du fait que
c'était la vie d'un homme qui était en jeu, un hors-la-loi, dont le
crime était simplement d'être tombé amoureux, amoureux, d'un mustang à
la crinière de feu qui lui avait retourné son regard ébloui.
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